IMG_0710Et c’est parti, départ très rapide donc sur les 300 premiers mètres, je me cale tout de suite dans les pieds de nico, je suis bien, nous sommes bien positionnés, je lève la tête de temps en temps pour voir où on va et si nous sommes suivis de près ou pas, tout se passe comme prévu. Mais après un certain laps de temps, je décide de lâcher prise avec le groupe de tête dont nous faisions parti car je dois m’employer pour rester au contact et je n’ai pas envie de faire cet effort par peur d’être cramer par la suite. Je dois donc laisser filer nico et la bande. Très vite, je me fais rattraper et je me retrouve entouré de pas mal de bonnets dont des rose (filles) et certains/certaines me dépassent sans que je ne réagisse, j’ai du mal à me concentrer sur les trajectoires, j’ai l’impression de faire n’importe quoi. Je pense qu’à ce moment là, je commence déjà à perdre mes moyens. Arrive la fin du premier tour, je me motive afin de me remobiliser en me disant que ce n’est que le début de la course, qu’il reste encore 9h de compétition après et donc que rien n’est perdu. Cela fonctionne, j’arrive plus facilement à prendre les pieds, j’arrive même à accélérer et nous commençons à rattraper du monde. Nous avons un temps parfait, très peu de houle, je n’ai senti aucun courant, bref presque du bonheur. 75734-1071-006tA la sortie de l’eau, je n’arrive pas à voir le chrono mais ce n’est pas très grave, on verra plus tard. Là des centaines de bénévoles nous attendent pour nous stripper la combinaison. J’avais décidé au début de la course de ne pas me faire aider par peur d’abimer ma combi mais une fois dans l’action, je n’ai pas pu résister. Je suis allé voir les derniers bénévoles, je m’assois par terre et hop, à poil !

C’est partie pour l’ascension du parking avec l’hélice, un monde et une ambiance de fou, arrivé au milieu je commence a avoir le tournis à force de tourner. Je ralentis un peu pour retrouver mes esprits. Nous voilà sur le parking, on rentre dans le convention center, choppage de sac, direction la tente pour homme et les dernières chaises. Je vide le sac avec l’aide de 2 bénévoles qui alignent parfaitement mes affaires, I take, I take, no, it’s good you can put it in the bag, thank’s guys see you. Je ressors casque sur la tête, maillot de vélo sans manche et chaussures à la main. Stand crème solaire, non pas le temps je zappe. Traversé du parking, et choppage du vélo. On court, on court. Juste avant, le départ vélo, j’enfile mes chaussures sans les fermer, je le ferai plus tard dans un plat, ou au moment où nous n’avons pas le droit de doubler sur à peu près de 2km. A ce moment là, je vois le temps 1h15 ! Heu, oui… Les pros sont partis combien de temps avant nous ?? 5,10 ou 15 min?  Pas le temps de gamberger, j’ai une descente serrée à négocier. Finalement, j’ai nagé en 59’42’’ (je visais 58’) et une transition en 5’26’’, c’est plutôt correct et dans mes attentes.

Maintenant, le vélo, wattage visé 195W de moyenne. Donc pas le droit d’être plus haut que ça sur le plat à part pour les relances (350w pendant quelques secondes) et dans les côtes aux alentours de 230/240W. Malheureusement, le parcours étant très accidenté, il m’est impossible d’avoir une puissance constante, surtout qu’au moment de passer sur un dos d’âne, j’ai mon aérodrink qui se de scratch heureusement il reste en place, mais je dois m’arrêter pour le remettre car j’en ai besoin pour ma survie. Pas de stress, on prend son temps, j’ai un peu de mal à le remettre, car le scratch, c’est fait la malle de l’encoche, et c’est vraiment étroit. Une fois remis, je repars mais l’état des routes et la fragilité du système, fait qu’il se refait la malle un peu plus loin et à ce moment là, je décide de mettre le bidon dans ma tri fonction. Je ne me souviens plus trop de mon état à ce moment là mais je me souviens de n’avoir pas trop stressé et d’avoir pris ce moment avec philosophie. Est-ce une preuve de self-control ou déjà un signe de : je m’en fou de la course ?? A l’heure actuelle, je choisirai la seconde option. Bien entendu avec le bidon dans le maillot, je prends une douche sucrée à chaque instant, mais je préfère ça que de perdre ce précieux liquide. Après quelques kilomètres, je rattrape Nico, signe qu’il a fait une super natation. Ca va ? Oui et toi ? Impec, ok cool, pense au petit plateau, ça va bientôt grimper. A+ Bonne journée. Effectivement le petit plateau était de mise, plus que je ne l’avais prévu. IMAG1785Sur les 60 premiers kilomètres, je roule dans un petit groupe à bonne distance, contrôlant bien mon effort. Ils me déposent en côte et je les rattrape sur le plat. Nous jouons à ça pendant un certain temps, nous rattrapons quelques personnes et nous nous faisons rejoindre, ce qui fait que le groupe augmente petit à petit. Les arbitres sont bien présents et ça cartonne, 1 derrière moi et 2 devant. Toujours en faisant attention à la puissance et faisant un petit calcul, je m’aperçois que les 5h15 visées vont être impossibles à tenir, au mieux 5h30. A ce moment là, je ne sais pas combien de personne de mon GA  sont devant moi, j’estime être entre le 8 et le 15. Si je veux rentrer dans le top 4, je dois absolument faire un marathon en 3h15. Mais les up and down commençant à bien me piquer les cuisses, si je continue ainsi, à moins d’un miracle, je ne pourrais pas courir comme je le voudrais. Je décide donc de baisser la puissance tout en gardant une bonne cadence afin de me préserver le plus possible. Je vois le groupe dans lequel j’étais me lâcher petit à petit et de plus en plus de personne me reprennent, ça me fait penser à Magog où j’avais fait une bonne nat, fait les 50 premiers kilos avec la tête de course pour exploser littéralement sur les 40 derniers et sur le semi. A ce moment là, la course m’échappe un peu comme dirait l’autre. Heureusement, il y a beaucoup de monde sur les routes et dans les 2 grosses bosses, ce qui est vraiment génial, beaucoup de déguisement, d’encouragement, c’est le fun, la motive revient. Il commence à faire très chaud et ma puissance baisse au fur et à mesure, je n’ai qu’une hâte, arrêter le massacre mais pour ça il reste encore quelques kilomètres en vélo et un marathon. Si je vous donne mes puissances à chaque heure, vous comprendrez parfaitement ma course : 1er heure=186w, 2ème=180, 3ème=174, 4ème=158, 5ème=145 et les 40 dernières minutes=128. La course fut donc magnifiquement équilibrée !!! Le retour vers la ville est usant car encore des up and down, j’ai eu l’impression de ne faire que ça !! L’hélice pour remonter au parking arrive, le marathon approche :(:( La descente du vélo se fait pas trop mal, mais j’ai l’impression de marcher sur des œufs et en canard, un peu comme on voit les gars sur IM à la TV. Je n’avais pas connu ça l’année dernière, donc ça m’a fait sourire, mais au fond de moi, je savais que c’était mauvais signe. Temps vélo : 5h39’48’’.

La T1 se passe très bien, cette fois je prends le temps de m’arrêter au stand crémage car je sais que je vais y passer un certain temps sur ce marathon. T2=2’10. Je ne sais plus exactement les sensations mais je sais que j’ai les jambes en coton. Les 3 premiers miles se passent bien. Je discute avec un gars du pace qu’on tient, et ce qu’on espère tenir. Mais très vite, je dois ralentir car ça commence à faire trop mal aux jambes. Il y a de petites bosses casses pattes et des petits aller/retour qui minent le moral. Arrive le moment que j’attendais avec impatience : le tour du stade de l’équipe de football du Wisconsin, une très bonne équipe universitaire. Je ne sais pas pourquoi mais j’avais imaginé ce stade plein, et qu’il y aurait une ambiance extraordinaire et bah il était vide !!!! Quelle fût ma déception en voyant ce stade morne et cette pelouse synthétique. La sortie du stade avec une pente bien raide enterre profondément ma motivation, et c’est un peu plus loin que je commençe à marcher. S’en était fini pour moi. Chaque difficulté, je marchais, chaque fois que j’en avais envie. La motivation et la détermination n’y étaient plus. Des pensées noires me traversaient l’esprit mais très vite je me raccrochais au but ultime d’une course : finir quel que soit le temps et les moyens pour y parvenir. Ben évidemment, j’étais déçu surtout pour les gens qui me suivaient à des milliers de kilomètres et qui y croyaient (j’espère qu’ils croient toujours en moi ;)). A chaque passage, du tapis j’avais une pensée pour les internautes, je me parlais tout seul. Désolé de vous faire veiller, désolé de vous faire attendre si longtemps pour avoir un split… Pendant 15 miles se fût une alternance de marche et de course, toujours le même objectif atteindre le prochain ravito, une éponge sur chaque épaule et une derrière la casquette que je changeais à chaque aid station. Nico n’était pas au mieux non plus, il avait le regard creux et noir et je le sentais bien fatigué, mais nous nous sommes bien battus. Les 7 derniers miles, je me suis mis en mode : je regarde par terre et je cours, plus le droit de marcher sauf aux ravitos. Et j’ai tenu ! J’ai même pu courir à 12 sur la fin en suivant les chaussures d’un mec, il a du me prendre pour un fou. 500m avant l’arrivé, je lui demande s’il en finit et si c’était son premier, il me répond que oui. Sachant toute l’émotion que dégage une première arrivée d’Ironman, je ralentis et je le laisse finir tout seul. J’aimerai tant retrouver ces sensations... En arrivant sur le tapis, je m’arrête de courir et je franchis cette ligne en marchand. Pourquoi, je ne sais pas, pour en profiter, pour ne pas faire croire aux spectateurs que j’ai courus tout le long du marathon, j’aurai eu l’impression de mentir en traversant la ligne en courant. Je ne sais pas, en tous les cas, j’en ai bavé et ce fût vraiment dur. J’espère en tirer le plus d’informations possibles pour le prochain. A ce moment là, il n’est plus question d’Ironman avant un bon bout de temps, mais l’homme change vite… J’ai donc bouclé ce marathon en 4h16’ et donc cet Ironman en 11h03’59’’. 2 bénévoles se chargent de vous, vous avez beau leur dire que tout va bien, ils ne vous lâcheront qu’une fois la photo faite et après vous avoir donné une couverture de survie et de quoi vous hydrater.  Très étonné du chrono final, je m’attendais plus à finir dans les environ de 12h, car je n’ai plus regardé mon chrono depuis le 5ème miles. Après quelque temps de repos, et un peu de réflexion, je suis quand même heureux d’avoir fait cette course. C’était une nouvelle expérience, je savais que cet IM était difficile mais sincèrement je ne pensais pas autant. Le vélo est vraiment très difficile. IL n’y a pas de grosses difficultés, mais une succession de petites et longues bosses qui vous usent petit à petit avant que la chaleur et les bosses du marathon viennent vous ramasser à la petite cuillère.

Je commence à avoir très froid, je me presse pour aller chercher mes affaires, je passe au banquet et je m’en vais vite attendre mon Nico. Sur le chemin beaucoup de gens me félicitent, c’est assez incroyable le regard qu’ils me portent. Je me sens un peu mal à l’aise car je n’ai pas l’impression d’avoir accompli quelque chose d’énorme (peut être un peu fade le mec) mais ici on est vu comme des « héros », c’est fou. Je les remercie poliment et je continue mon chemin. J’attends donc sagement sur mon banc dans ma couverture de survie dans la nuit tombante ce cher Nico. Et soudain un géant vert arrive enfin, je viens à sa rencontre, il me prend pour un fou au début puis il retrouve ses esprits. Je suis vraiment content pour lui. Il y a encore 1 an, il n’avait jamais fait plus de 100km en vélo et là, il boucle son IM en moins de 13h. Chapeau bas petit bonhomme.

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Et voilà, 12 mois se sont écoulés entre le moment de la signature et cette ligne d’arrivée. Beaucoup de choses se sont passées. Je vous avoue que j’avais imaginé ça autrement mais c’est comme ça, j’aime également l’Ironman pour ça part d’incertitude et le fait que rien n’est jamais acquis. On en apprend toujours sur soi et sur notre fonctionnement, plus dans les «contres performances » que dans les victoires. Mais je préfère quand même les victoires ;) Les conclusions qui ressortent de cette course sont :

                               -Préparation trop longue

                               -Terrain d’entraînement trop différent de celui de la course

                               -Etre plus humble/Arrivé moins confiant (Je pense que je n’aurais pas trop de mal pour le  
                                 prochain ;))

                               -Etre plus concentré en natation

                               -Faire attention à son matos et sans doute plus boire en vélo

                               -Prendre plus de plaisir, mais je pense que ce point est en lien avec le premier

                               - Alimentation pré course plus équilibre :(:(

                               - Un peu plus d’équilibre dans ma vie car être de loin de ceux qu’on aime n’est jamais
                                  facile

Je remercie tous ceux qui nous ont suivis, poussé, aidé afin d’atteindre nos objectifs. Je pensais souvent à vous, derrière votre écran à attendre un escargot qui en bavait pour atteindre chaque pointages, juste pour dire que j’étais toujours en vie. Souvent, je me parlais à haute voix : je suis désolé les gens mais je suis à fond !!!

Un petit résumé pour ceux qui n’ont pas le temps de tout lire :

Bref-Je me suis inscrit à l’Ironman du Wisconsin

J’ai nagé en piscine, en lac en rivière. J’ai progressé. Puis vient le vélo, j’ai roulé, roulé et encore roulé. J’ai eu mal aux fesses et aux cuisses. Bref, j’ai fait du vélo. Et pour conclure, j’ai couru, Après qui? Après quoi? Mais pourquoi faire? Toujours la même chose, être prêt le jour J. Vient le jour J, j’ai nagé dans une grande machine à lavé, j’ai roulé en essayant de m’économiser et finalement j’ai couru dans la souffrance en me disant pourquoi je fais ça? Et j’ai franchi la ligne en me promettant que plus jamais. Le lendemain, changement de discours, c’est quand le prochain?

Bref-J’ai fait un IM.


Nono ++